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Amrita Pritam, une des plus grandes écrivains indiennes du 20ème siècle.

J’ai effacé aujourd’hui le numéro de ma maison,
j’ai arraché la plaque qui portait le nom de ma rue
et celles de toutes les autres.
Mais si tu veux absolument me trouver,
frappe à la porte de chaque maison, dans chaque rue des villes
de tous les pays,
- c’est tout à la fois un mauvais sort et une bénédiction -
et partout où resplendit un esprit libre :
sache-le, là est ma maison.

Amrita Pritam



Amrita Pritam est née en 1919 dans une famille sikh de Gujranwala, ville qui devint pakistanaise après la partition de l'Inde.

Elle a été la première femme à recevoir, en 1955, le prix de la Sahitya Akademi pour une anthologie de poésie pendjabi. Elle avait aussi été couronnée en 1969 par le Padam Shri, prestigieuse récompense littéraire indienne.

Elle est décédée le 31 octobre 2005.



Amrita Pritam, une des plus grandes écrivains indiennes du 20ème siècle.

Amrita Pritam est née le 31 Août 1919, d’une famille sikh de Gujranwala, ville qui devient pakistanaise après la partition de l’Inde.

Enfant unique d’une enseignante (qui meurt alors qu’elle n’a que onze ans) et d’un poète. Initiée dès son plus jeune âge par son père à l’art poétique, elle participe à de nombreuses assemblées de poésie, à Lahore, où elle lit devant un auditoire ébahi ses compositions en l’honneur des gourous sikhs. A seize ans, année de sa première publication, elle se marie à un éditeur, fils d’une riche famille de commerçants, avec lequel elle était fiancée depuis l’enfance. Ses premiers recueils de poèmes, encore traditionnels, paraissent à la fin des années 30. Cependant, dès les années 40, s’affirment, dans ses vers comme dans sa vie, indépendance et expérimentation.

Après la partition en 1947, elle déménage à New Delhi où elle commençe à écrire en hindi et a travailler jusqu’en 1961 pour la All India Radio. Amrita Pritam a souvent évoqué dans ses textes les horreurs dont elle avait été le témoin (la partition a causée la mort d’un milion de personnes et le déplacement de dix autres) et, plus largement, la situation des femmes de son pays (elle est mariée à 16 ans et obtient le divorce en 1960.). Ce traumatisme de la partition de l’Inde britannique, entre État Indien et État Pakistanais, lui inspire ses deux œuvres majeures : un poème qui fut ensuite appris par cœur par des milliers de Panjabis, et "Le Squelette", son premier roman. Auteur de vingt-quatre romans, quinze recueils de nouvelles, vingt-trois poèmes, Amrita Pritam ­ - écrivant alternativement en hindi et en pendjabi ­ - a été adapté au cinéma bollywoodien (en Hindi et en Panjabi) avec Pinjar (Skeleton) en 2003, et pour lequel elle écrit deux chansons d’accompagnement. Son autobiographie, Rasidi Ticket (Le Timbre fiscal), a été traduit en français aux Editions des femmes en 1989.

Elle est la première femme à recevoir, en 1955, le prix de la Sahitya Akademi pour une anthologie de poésie pendjabi. D’autres distinctions littéraires suivirent comme Padma Shri du président de l’Inde en 1969, la plus haute distinction littéraire, le Bharatya Jnanpith en 1981.

En 1966, elle crée’un magazine littéraire mensuel en panjabi : Nagmani, qui arrête sa publication en 2003.

Elle a été membre du Parlement indien.

Elle reçoit encore le prix Jananpeeth en 1982 pour sa contribution à la littérature punjabi. Aliltée depuis 2002 à la suite d’une fracture de l’os pelvien causée dans sa salle de bain, Amrita Pritam est découvertte morte, lundi 31 octobre, à son domicile de New Delhi, âgée de 86 ans, par sa fille et son petit fils.

Bibliographe

Amrit Lehran (1936) - poésies
Jinnda Jian (1939) - poésies
Trel Dhote Phul (1942) - poésies
O Gitan Valia (1942) - poésies
Badlam De Laali (1943) - poésies
Lok Pigr (1944) - poésies
Pagthar Giite (1946) - poésies
Pinjar (Le squelette) (1950) - roman
Punjabi Di Aawaaz (1952) - poésies
Sunehray (Messages) (1955) - poésies
Ashoka Cheti (1957) - poésies
Kasturi (1957) - poésies
Nagmani (1964) - poésies
Ik Si Anita(1964) - poésies
Chak Nambar Chatti (1964) - poésies
Jilavatan (1968) - roman
Rasidi Ticket (1976) - autobiographie
Uninja Din (Le Timbre fiscal) (1979) - poésies
Kagaz Te Kanvas (1981) - Prix Bharatiya Jnanpith
Aksharon kay Saayee (Pinjar le squelette)


Source : www.biblioweb.fr

Un de ses poèmes dédié à la ville de Delhi.


Une ville

Le grain semé par les étoiles
est revendu au marché noir ;
je secoue un sac de nuages,
le marché ce soir va fermer.
La lune est un veau affamé
qui tète des tétins taris.
Liée à un pieu la terre-mère
lèche la mangeoire du ciel.


A la porte de l'hôpital
combien de mots gisent malades,
tels vérité, justice, foi,
— toute la foule de valeurs.
Quelqu'un peut-être prescrira
un médicament salutaire,
mais il semble pour le moment
que le terme ait été atteint.


En cette ville il est des lieux
où vivent des sans-feu-ni-lieu.
Ils sont tout à fait démunis
et leur vie doucement s'en va.
La première nuit de vieillesse
est venue leur dire à l'oreille
qu'en cette ville leur jeunesse
éternelle a été volée.


La nuit a été froide, à l'aube on a trouvé
dans la rue un corps non identifié.
Le feu du bûcher brûle et personne ne pleure.
Un philosophe est mort, un poète, un mendiant.


Dans les bras d'un homme une fille
a crié, s'est mordue au sang :
Au poste de police on rit,
dans les cafés on se goberge ;
des camelots dans les rues passent
vendant un païsa les nouvelles
et mettant son corps en lambeaux.


Sous un gulamohar des gens
se rencontrent et rient et chantent.
Ils voudraient cacher qu'ils sont morts.
Chacun porte une pierre blanche,
chacun veille sur son cadavre.


On entend le bruit des machines.
La ville est une imprimerie
et chaque homme un mot isolé,
chaque prophète un typographe
qui veut les faire aller ensemble,
mais jamais ne naît une phrase.
Cette ville a pour nom Delhi,
mais ce pourrait en être une autre :
quelle importance un nom a-t-il ?


Dans les draps sales du présent
la nuit l'on rêve d'avenir,
ou bien l'on veille, on imagine,
avant de prendre un somnifère.


De Amrita Pritam (Traduits du panjabi par Denis Matringe) Poème extrait de la revue Europe, (avril 2001)

Dimanche 26 Mars 2006
Fabienne-Shanti DESJARDINS

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