II faut choisir : ça dure ou ça brûle ; le drame, c'est que ça ne puisse pas à la fois durer et brûler. Albert Camus

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Lundi 8 Novembre 2010

Cet automne, la mode a décidé d'être stricte et rigoureuse, comme pour nous rappeler que la fourmi n'est pas complètement "has been", même si la cigale est bien plus compatible avec notre société de consommation. Tweed, formes rectilignes, couleur Camel, pulls Jacquard, style preppy ou BCBG, rallongement des jupes… Halte à la dérision !


Illustration du magazine Elle, du 28 octobre 2010
Illustration du magazine Elle, du 28 octobre 2010
C'est même le retour de la ceinture toute fine pour accentuer la taille, accessoire signifiant inconsciemment "il faut se serrer la ceinture" ! D'ailleurs, pourquoi ne pas avoir décrété à nouveau "tendance" le serre-tête, car quitte à se serrer la ceinture, autant se prendre aussi la tête !

Ces lignes pures, au fond très occidentales, traduiraient-elles une envie de protectionnisme économique ? Nous pouvons aussi interpréter ce refus de l'opulence par la volonté de se réfugier dans les valeurs d'une autre époque. On freine la consommation, on affiche une allure anti-blingbling et on paraît ainsi bien plus authentique. Les conditions économiques ont souvent une influence sur les couleurs. Pendant la dépression des années trente, les tissus étaient choisis en fonction de leur durabilité : la palette des teintes havane, des gris, bleus et verts délavés était choisie en raison de leurs caractéristiques moins salissantes.

Mais ne cédons pas à la dépression, car nous assistons également au retour du bombardier. Nous allons donc passer à un mode offensif grâce à ce manteau en mouton retourné, en "conquérant du monde" comme le dit si bien un magazine de mode ; Le bombardier étant le symbole des aviatrices de la 2eme guerre mondiale comme Hélène Boucher. La sortie de crise est peut-être donc proche ?

Et bien si la mode sert de baromètre économique et sociologique, nous pouvons être optimistes car le printemps 2011 va être un véritable feu d'artifice de couleurs ! Les codes couleur sont en totale euphorie. Va-t-on alors retrouver le sourire en 2011, c'est le pari que font les créateurs de mode. Espérons qu'ils aient raison !

Rédigé par Marjorie Rafécas le Lundi 8 Novembre 2010 à 00:30 | Commentaires (2)

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Dimanche 17 Octobre 2010

L'année 2010 serait-elle consacrée à la volatilité de l'amour ? C'est ce que laisse présager la rentrée philosophique de cet automne : avec le livre de Luc Ferry "La révolution de l'amour" aux éditions Plon et celui de Pascal Bruckner qui, après son ouvrage de 2009 "Le paradoxe amoureux", récidive avec un nouveau titre "Le mariage d'amour a-t-il échoué ?" (Grasset). Mais nos deux philosophes ne semblent pas en phase sur le bilan du mariage d'amour.



Luc Ferry et Pascal Bruckner en compétition sur le même credo marketing : l'amour ?
Cette recrudescence de réflexions sur "l'amour" semble intrinsèquement liée à l'inflation des divorces, soit à l'échec des relations amoureuses à travers notamment celles de la génération 68. Pourtant, l'amour est loin d'être un thème novateur. Dès 1977, Pascal Bruckner, dans son livre co-écrit avec Alain Finkielkraut "le nouveau désordre amoureux", dénonçait déjà à l'époque le dogme de "l'amour libre", qui cache au fond de lui un oxymore : le désir aliène plus qu'il ne libère… Nous avons quitté une norme, l'interdit et la pudeur pour une autre, celle de l'angélisme du désir, de la contrainte "orgasmique", la multiplication des partenaires.

2010 sonnerait-il le glas de l'amour normé ? Enquête auprès de Luc Ferry et de Pascal Bruckner…



Luc Ferry et Pascal Bruckner en compétition sur le même credo marketing : l'amour ?
Luc Ferry, l'amour "la seule chose qui compte dans l'existence"

Malgré ses mariages successifs, c'est ce qu'a affirmé Luc Ferry, lors de l'émission Thé ou Café sur France 2 (http://the-ou-cafe.france2.fr/index-fr.php?page=emission2&id_article=2840) où il était invité. Lors de cette émission, nous avons redécouvert un homme serein, plein d'optimiste et surtout touchant lorsque Catherine Ceylac lui a demandé de repasser une chemise sous l'objectif amusé de la caméra ! Luc Ferry reconnaît aimer les femmes et les voitures, ce qui s'oppose bizarrement à l'image traditionnelle que nous avons des philosophes. Même si dans son livre Luc Ferry célèbre le mariage d'amour, il admet que le mariage fondé sur le sentiment court le risque d'une certaine fragilité. L'enjeu du mariage d'amour est en fait de transformer l'amour passion en une relation stable, tendre et complice. Luc Ferry ne croit pas aux amours multiples dans la durée. Il estime que si on est un Don Juan, il vaut mieux vivre seul. Mais, encore faut-il en avoir les moyens… Selon lui, la plupart des hommes ont la tentation des amours multiples plus que les femmes, pour des raisons historiques et biologiques. "Je n'ai jamais vu de femmes amoureuses s'intéresser à d'autres hommes, alors q'un homme amoureux peut toujours avoir un œil qui traîne". Quant au phénomène du démon de midi, il s'abstient de tout jugement. C'est difficile de fixer un modèle. Quitter sa femme revient selon lui à devenir un don juan au ralenti. Détruire une relation, pour en reconstruire une à l'identique ou errer entre des amours frustrants, on finit par se dire comme Luc "So what ?". L'amour ne répond pas toujours à la volonté et ce problème reste le même pour tout le monde. Certes… Mais, il reste que l'on peut se demander si avec son nouvel essai "La révolution amoureuse", Luc Ferry est véritablement révolutionnaire et innovant. Ne fait-il pas que constater un phénomène qui est évident pour la majorité des gens ? Le terme "révolution" utilisé dans le titre ne serait-il pas tout simplement exagérément ambitieux ? Il serait intéressant de connaître le point de vue de Pascal Bruckner, plus politiquement incorrect, sur le livre de Luc.

Luc Ferry et Pascal Bruckner en compétition sur le même credo marketing : l'amour ?
Pascal Bruckner, faut-il en finir ave l'amour gnangnan et le porno ?

Bruckner pense que l'on a fait des progrès dans la progression des femmes, mais pas en amour. Comme il le dénonce dans "Le paradoxe amoureux" : "Nous vivons le temps d'une double obscénité, affective et érotique, les noces de Bridget Jones et de Rocco Sifredi, le triomphe simultané du cul et du culcul, de la chick lit et du trash". "Le gnangnan et le porno ont ceci en commun : ils dégoulinent ici de larmes, là de liquides divers. Mais l'orgie perpétuelle du X n'est pas moins idéaliste que les fadaises du roman rose". Téléphone rose ou roman rose, même topo ?! L'accumulation de roucoulades et de hard sex toys finirait par transformer l'amour en un mille-feuilles sans âme. Notre époque est en plein paradoxe, nous alternons entre un besoin permanent de stimuli en tout genre et celui d'un amour authentique et sincère. Il faut reconnaître que nous avons aujourd'hui peu de tolérance à l'ennui et que Mai 68 a réussi à libérer les femmes, mais pas l'amour. Dans sa critique des mœurs amoureux, on retrouve en fait la critique plus générale de Bruckner contre l'ère de la surconsommation, qu'il avait déjà exprimé dans son essai "L'euphorie perpétuelle". Finalement, le diktat de notre société étant de baigner perpétuellement dans une euphorie artificielle, l'amour est devenu lui-aussi jetable, ce qui met inévitablement en danger le mariage d'amour.

Reste que l'amour est un phénomène étonnant, même pour les plus cyniques…
Contrairement à ce que l'on pourrait penser du cynique invétéré Michel Houellebecq, ce dernier confie dans le livre "Ennemis publics" que l'amour reste un phénomène étonnant pour une société athée et en pleine crise de confiance. Il cite à ce propos son philosophe "préféré" Schopenhauer : "Il est vraiment surprenant de voir des gens qui se précipitent l'un vers l'autre, sans s'être jamais vus, comme s'ils avaient affaire à d'anciennes connaissances". L'amour est "cet étrange phénomène que j'ai pu constater expérimentalement, en tant que romancier, et qui est que des gens absolument athées, et de ce fait persuadés de leur solitude ontologique totale, et de leur mortalité absolue, sans rémission, n'en continuent pas moins à croire en l'amour, ou du moins se comporter comme s'ils y croyaient".

A tout bien réfléchir, après maintes tergiversations romanesques et philosophiques, l'amour reste l'histoire à laquelle tout le monde croit ! Soit la plus puissante des religions, et la moins maîtrisable…

Pour en savoir plus sur l'état amoureux :
- La révolution amoureuse, de Luc Ferry, Plon 2010.
- Le paradoxe amoureux, Le mariage d'amour a-t-il échoué ? de Pascal Bruckner, Grasset 2009 et 2010.

Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 17 Octobre 2010 à 17:30 | Commentaires (0)

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Dimanche 17 Octobre 2010

C'est ce qui ressort d'un sondage exclusif CSA-Marianne publié récemment par l'hebdomadaire, dans son dossier consacré aux « intellectuels qui comptent (vraiment) pour les Français ». BHL serait l'intellectuel la plus connu et Elisabeth Badinter, la figure médiatique qui contribuerait le plus à modifier la façon de penser des Français.


Elisabeth Badinter, la philosophe la plus influente de France ?
De ce constat, il est possible d'en tirer deux enseignements marketing :
- les femmes, par leur pragmatisme, seraient peut-être de meilleures communicantes. Mais postulat à relativiser, car n'oublions pas qu'Elisabeth Badinter est la fille du publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet, le créateur de Publicis.
- les titres simples et sans fioriture semblent plus efficaces que les titres ronflants et trop théoriques à la sauce BHL

Il n'en reste pas moins que s'il est rassurant de voire émerger de ce classement Elisabeth Badinter, philosophe féministe et respectée, ce classement des intellectuels les plus influents en France est quelque peu inquiétant… A se demander si les intellectuels peuvent encore influencer l'opinion.

Pour en savoir plus et découvrir une critique acerbe de ce sondage :
- L'insondable profondeur de la bêtise, http://bibliobs.nouvelobs.com/20101014/21818/linsondable-profondeur-de-la-betise

Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 17 Octobre 2010 à 17:02 | Commentaires (0)

Bonne nouvelle : la musique n'est pas inutile !


Ecouter de la musique, un moyen simple pour doper son cerveau de bonne humeur et de dopamine. Nietzsche avait raison…
Je viens de terminer l'ouvrage "De la note au cerveau, l'influence de la musique sur le comportement" (2010), de Daniel Levitin, un neuroscientifique reconnu mondialement et ayant travaillé également dans l'industrie musicale ; son profil scientifique très original nous propose un livre érudit et intelligent. Oui, je sais qu'il est rare d'employer le qualificatif d'"intelligent" pour un livre, mais il faut reconnaître que parfois il n'y a pas d'autre mot pour décrire la finesse d'analyse et de sensibilité d'un auteur. Le début est assez technique, notamment sur le plan musical, mais à partir de la p. 213, où sont évoqués le cerveau reptilien et la rencontre avec Francis Crick, les chapitres prennent une cadence plus rythmée et passionnante.

Bonne nouvelle : la musique n'est pas inutile ! Même si pour certains scientifiques, la musique ne serait que pure tarte à la crème, futile et comparable à une charlotte aux fraises éveillant nos oreilles gustatives, la musique est bel et bien "utile" car elle régule nos émotions et fait jaillir dans notre cerveau une véritable "chorégraphie de neurotransmetteurs". La musique permet en effet de produire de la dopamine par le biais du noyau accumbens, neurotransmetteur qui est associé au système du plaisir, et qui intervient également dans les coups de foudre amoureux ! "La satisfaction et le plaisir liés à la musique découlent de l'augmentation de la dopamine dans le noyau accumbens, à laquelle participe le cervelet en régulant les émotions grâce à ses connexions avec le lobe frontal et le système limbique".

Autre scoop non négligeable qui intéressera les célibataires : la musique a joué un rôle dans la sélection sexuelle. Darwin écrit dans la "Descendance de l'homme" : "j'en conclus que les notes et le rythme de la musique furent acquis par les ancêtres mâle et femelle de l'humanité afin de séduire le sexe opposé". Car la musique génère des émotions puissantes, pour cette raison, elle a été utilisée instinctivement pour séduire. La musique a ainsi précédé le langage, comme la queue du Paon. D'ailleurs preuve encore actuelle, que la musique est un excellent moyen de séduction : le nombre de partenaires d'une rock star peut être cent fois supérieur à celui du mâle moyen ! Il faut savoir que la créativité artistique plaît aux femmes car elle promet des "bons"gènes, alors que la richesse permet avant tout d'assurer une bonne éducation aux futurs rejetons. Ainsi, les meilleurs géniteurs ne font pas toujours les meilleurs pères… D'ailleurs à la phrase de Schopenhauer, "l'homme peut sans peine engendrer en une années plus de 100 enfants, s'il a sa disposition un nombre égal de femmes, tandis qu'une femme, même avec un pareil nombre d'hommes ne pourrait toujours mettre au monde qu'un enfant dans l'année", on pourrait rajouter "surtout si l'homme en question est une rock star" !

Nietzsche avait donc raison : sans la musique, la vie serait une erreur… D'ailleurs, Nietzsche, dans son livre La Naissance de la tragédie, a eu une intuition de génie d'opposer Dionysos, l'être débordant de vie, de mouvement, de puissance créatrice, à Apollon, symbole de la mesure, de la sérénité et la maîtrise rationnelle. Car cet antagonisme se retrouve finalement dans les neurotransmetteurs de nos cerveaux, comme entre la dopamine et la sérotonine ou l'ocytocine.

Bien entendu, il existe plusieurs façons d'écouter la musique ; l'écoute par le cerveau gauche ne produit pas le même effet que par le cerveau droit. Les parties du cerveau qui participent aux circuits de l'écoute musicale sont nombreuses et très différentes. Il a été découvert de nombreux sentiers pour parvenir au plaisir musical.

La musique est avant tout une affaire de connexions et créatrice de lien social. Dommage qu'elle ne soit pas prise plus au sérieux pour limiter les frustrations et les comportements violents…

De la note au cerveau, Daniel Levitin, Editions Héloïse d'Ormession, 2010.

Rédigé par Marjorie Rafécas le Mercredi 25 Août 2010 à 00:17 | Commentaires (1)

C'est ce que vous suggère le livre de Balthasar Thomass, paru récemment dans la collection "Vivre en philosophie" des éditions Eyrolles.


Et si cet été, au lieu de s'affiner pour frimer sur la plage, on apprenait à s'affirmer avec Nietzsche ?!
J'avais déjà évoqué dans un article précédent son essai très instructif, Etre heureux avec Spinoza (cliquer sur Etes-vous-joyeux-comme-Nietzsche-Spinoza-ou-Bergson). Cette fois-ci, Balthasar s'est intéressé à la philosophie volcanique et impétueuse de Nietzsche, ayant tué le plus grand des idoles : Dieu.

Contrairement à la philosophie de Spinoza, il va falloir souffrir pour être heureux ! On entre dans la cadence très paradoxale de Nietzsche, où souffrir rime avec plaisir. Nietzsche ose affirmer "il y a même des cas où une espèce de plaisir dépend d'une séquence rythmique de petites excitations douloureuses". "C'est par exemple le cas du chatouillement". Nietzsche, pourtant très prude, va même jusqu'à dire "c'est le cas du chatouillement sexuel du coït". Ainsi, le paradoxe de la souffrance semble trouver son reflet dans la métaphore de la sexualité… Une mise en pratique de la philosophie de notre cher Nietzsche semble à première vue finalement assez simple :-). Mais, attention, cela n'est que la partie I du mode d'emploi, le plus prenant restant la partie II du livre "se désintoxiquer de la morale". Comme le fait remarquer Balthasar Thomass "il ne faut pas choisir ses valeurs par dépit". Ainsi, s'affirmer, cela consiste avant tout à assumer ses goûts.

Attention aussi aux revanchards et aux pleurnicheurs : on ne peut pas prétendre être Nietzschéen si l'on passe son temps à ruminer et à se plaindre. Le ressentiment freine la puissance et le bonheur. Nietzsche est sans concession avec les décadents, les dégénérés et les "ratés". Sa philosophie est allergique à la faiblesse : l'échec doit rendre plus fort. Plus étonnant, les théories de Nietzsche permettent même de s'inventer des filiations imaginaires pour se sentir mieux et devenir ce que l'on est : il s'inventait lui-même des origines polonaises pour s'éloigner de la lourdeur allemande de l'époque. Une théorie intéressante au vu de la crise identitaire que certains de nos contemporains traversent.

Mais attention, B. Thomass vous prévient : "Etre libre", c'est aussi "être plus fragile". Il faut apprendre à "jardiner" ses passions, ce qui met forcément votre patience à rude épreuve. Cela revient en fin de compte à trouver l'ordre ou le désordre dans lequel vous souhaitez faire valser vos passions. Dionysos ou Apollon, c'est une question de dosage. Harmonie ou dissonance ? A vous de tester votre équilibre.


C'est pour cela qu'il est plus difficile d'être heureux avec Nietzsche qu'avec Spinoza. Pour Spinoza, la tristesse est signe que vos passions ne vous dirigent pas vers la bonne voie. Alors que pour Nietzsche, rien n'est sûr, puisqu'il faut souffrir pour être heureux !
En revanche, pour grandir et s'affirmer, Nietzsche reste la référence des adolescents et de tous ceux qui veulent vraiment se connaître et se réaliser. Car pour s'affirmer, il faut accepter ses désirs profonds, tuer ses idoles et créer sa propre éthique – et surtout refuser les valeurs qui mettent en avant la souffrance, la faiblesse et le nihilisme.
Bref, un long programme en perspective digne d'un surhomme !

S'affirmer avec Nietzsche, Balthasar Thomass, 2O1O, Editions Eyrolles.
Et si cet été, au lieu de s'affiner pour frimer sur la plage, on apprenait à s'affirmer avec Nietzsche ?!

Rédigé par Marjorie Rafécas le Lundi 9 Août 2010 à 22:52 | Commentaires (1)

Le dossier « Qu’est-ce qu’être beau » de Philosophie Magazine ne pouvait passer inaperçu aux prémices de l’été. C’est une vraie question, tant nous sommes canardés d’injonctions de minceur, de jeunesse, de seins pulpeux… Nous nageons en plein conformisme esthétique, alors que notre société regorge d’individualisme, n’est-ce pas en définitive complètement paradoxal ?


2010 : la beauté plastique, est-elle toujours aussi fantastique ?
Le débat entre Pascal Bruckner et Elsa Zylberstein tend vers le même constat : la beauté plastique n’est pas forcément synonyme de beauté, car la beauté ne se résume pas à l’harmonie, « laquelle risque de paraître fade ». Comme le fait remarquer également l’actrice, « la chirurgie esthétique produit une norme, des physique en série qu’on reconnaît tout de suite et qui finissent par paraître « monstrueux » ». Il ne faut pas non plus confondre le « sexy » avec la « beauté », qui est plus froide et moins accessible. Ainsi, n’en déplaise à Alexandre Lacroix qui explique dans son édito que la beauté pour lui, serait plutôt synonyme de perfection et d’absence totale de défauts (d’ailleurs, une conception un peu sage pour un ancien Nietzschéen…), mais les anomalies, les défauts peuvent être parfois des atouts pour révéler la beauté. Comme le souligne Pascal Bruckner « la ligne de partage entre le beau et le laid est devenue incroyablement incertaine, brouillée… Les cernes, la mauvaise mine, les rides, surtout pour les hommes, peuvent être des atouts (…). La beauté nous demande désormais d’être actifs ».

Autre question que soulève l’article de Gwenaëlle Aubry (p. 49 du même numéro), la laideur active peut être plus belle que la beauté figée… L’auteur donne l’exemple de Socrate et Gainsbourg, qui séduisent par leur vitalité et leur mouvement. Comme disait Plotin, « Un homme laid, s’il est vivant, sera toujours plus beau que la plus belle des statues ». Certes, la vie sera toujours plus belle que la mort… Car poussée à l’extrême, la beauté parfaite n’est ni plus ni moins que la négation de la vie. Refuser de vieillir, c’est tout simplement refuser le temps et ses effets. Or la vie sans le temps, est-ce toujours la vie ? Vouloir figer ses traits, n’est-ce pas une façon de nier une partie de soi ?

Bref, vous me direz que tout cela est bien beau comme discours, mais pas très pragmatique et surtout peu réaliste, car les « beaux » réussissent mieux que les « laids » dans la vie. Et qu’il faut être plus talentueux quand on est laid… Alors faut-il rejeter vraiment la beauté plastique ? Ainsi que la chirurgie esthétique pour corriger les inégalités naturelles ? Ok, ok… Mais les canons de beauté n’ont pas toujours été les mêmes selon les époques. Ainsi, il serait temps d’accepter une part de polythéisme dans nos critères esthétiques ! D’ailleurs même les magazines de mode font le même constat. Pardonnez-moi par exemple d’avoir lu Grazia :-) et d’avoir déniché un article intéressant sur la mode : « l’éthique au secours du chic » d’Adrienne Ribes-Tiphaine, qui s’indigne contre le porno chic et la mode facile « Overdose de seins dévoilés et de fesses affichées », « trop de platform shoes d’épaules agressives, de lolitas lascives ». « Tant de ressources, de résonances, d’idées cachées sous les poncifs imposés par le fric et le conformisme. Adieu les idéologues, voici le temps des archéologues du présent, connaisseurs du passé, passionnés d’avenir. Il y a de l’être au-delà du paraître, cela aurait pu faire un sujet au bac » ! Comme quoi, la mode et la philosophie peuvent parfois se rejoindre.

Retenons donc le message : Vivent les archéologues du passé et du futur ! Vivent le temps et le rythme !

Il y a donc de l’être au-delà du paraître, une phrase à méditer sur le sable chaud où s’étirent des corps dénudés désireux de rejoindre le conformisme du ton hâlé…

Pour en savoir plus :
- Philosophie Magazine n°40, juin 2010
- Grazia du 16-22 juillet 2010 (p. 62)

Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 18 Juillet 2010 à 14:23 | Commentaires (2)

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Dimanche 14 Mars 2010
Dis-moi ton style, je te dirai si tu penses plutôt à gauche ou à droite
La dernière fois en lisant l'édito de Philosophie Magazine consacré au socialisme, j'ai été étonnée d'apprendre que le socialisme pouvait être rangé dans le "dionysiaque", "les beuveries", "les concerts en plein air", "les randos collectives en rollers" etc. A l'opposé, le style libéral serait plus "hygiénique" : "boire ou faire du roller en solitaire, écouter de la musique en casque, travailler sa musculature sur des machines, faire de la gym sur une console Wii, conduire au-là des limites de vitesse, danser sans partenaire des heures sans partenaire au son de la techno"… Autrement dit, le socialiste ne supporterait pas d'être seul et serait alcoolique, et le libéral s'assimilerait à un associable qui adore son corps et qui s'abrutit avec de la techno. Très stupéfiant de voir de telles caricatures dans un magazine à prétention philosophique !
Quelques semaines plus tard, dans un magazine féminin, la saga des caricatures gauche-droite continue : les profils de gauche "plébiscitent Ferré, Brel, Brassens ou Cali" et ils "postent des vidéos de mai 68, du lip dub de génération Ecologie". Ceux de droite "affichent des goûts pop-rock et postent des vidéos de Placebo ou d'Oasis".
Qu'en penserait Nietzsche ou Nirvana ?!
De nos jours, il semblerait que l'opposition gauche-droite soit plus un concept marketing qu'une véritable querelle idéologique…
Mais, je vais quand même aller voter. Reste à savoir pour qui ? Puisque j'aime à la fois la bière, être entourée et le Rock ! Styles complètement incompatibles apparemment…

Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 14 Mars 2010 à 17:25 | Commentaires (0)

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Mercredi 10 Février 2010

Lors de précédents articles, j'avais évoqué le fabuleux personnage philosophique "Jean-Baptiste Botul", créé par Frédéric Pagès, notamment dans "la vie sexuelle d'Emmanuel Kant", dans lequel BHL vient de se prendre le pied...


Quand la guerre en philosophie vire à la boulette atomique...
Une internaute m'a suggéré de mettre un lien sur l'article du nouvel obs, rédigé par Aude Lancelin, elle-même journaliste philosophe, ayant co-écrit l'ouvrage les philosophes et l'amour, qui a dû apprécier à sa juste valeur l'énorme Boulette High Level de BHL ! Voici le lien : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/culture/20100208.OBS6232/bernardhenri_levy_en_flagrant://
BHL a donc cru que Jean-Baptiste Botul existait vraiment ! Jean-Baptiste Botul est un personnage philosophique créé de toute pièce par Frédéric Pagès. Dans le livre "La sexualité d'E. Kant", Jean-Baptiste Botul, un philosophe inconnu du bataillon, évoque la sexualité d'Emmanuel Kant lors d'une conférence d'après-guerre au Paraguay. Ce qui n'a pas intrigué le moins du monde BHL. Discuter de la sexualité de Kant au Paraguay, quoi de plus naturel et de vraisemblable ? Dans le livre sur Kant, on apprend que Kant était hypocondriaque, constipé et qu'il n'aimait pas faire "la chose" de peur d'y perdre son énergie et de trouver la chose en soi... A sa décharge, avouons-le, Botul est tout à fait crédible, et probablement que Frédéric Pagès s'est excellemment documenté sur le philosophe de l'impératif catégorique, car la sexualité de Kant a l'air bien "déflorée".
Maintenant, nous attendons qu'une chose : que Botul nous fasse une conférence sur les boulettes de BHL !
PS : entre nous, ce n'est pas si gentil de se moquer de BHL, car moi aussi, par le talent de F. Pagès, j'ai cru pendant un moment que Botul était peut-être réel. Mais quand j'ai lu Nietzsche et le démon de midi, j'ai compris que ce n'était pas possible. Comme quoi dans toute cette histoire, plutôt que de railler la maladresse de BHL, saluons plutôt la finesse de F. Pagès.

Rédigé par Marjorie Rafécas le Mercredi 10 Février 2010 à 23:30 | Commentaires (0)

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Dimanche 6 Décembre 2009

50 après sa mort, Camus est partout. Un succès mondial inattendu pour ce grand écrivain Français et "philosophe" à la pensée "modeste". Une leçon de morale pour notre "petite" intellitgencia intellectuelle, qui a toujours ricané et remis en cause l'étiquette de "philosophe" à notre "Homme révolté" ?


Camus, "un grand lucide" ?
Dans un article consacré à Camus du Nouvel Obs de novembre 2009, Michel Onfray dit de Camus : "Nous sommes sortis de l'ère idéologique. Aujourd'hui, l'Histoire a donné raison à Camus. Il devient ce qu'il était : un grand lucide.". On ne peut qu'approuver cette assertion rendant hommage à la lucidité de Camus. En revanche, Michel Onfray utilise peut-être un peu trop de subjectivité dans l'interprétation qui suit "Camus a critiqué très puissamment le capitalisme, la déshumanisation de toute politiqe à droite comme à gauche. La justice, sans la liberté, c'est la dictature ; la liberté sans la justice, c'est la loi du plus fort ; la liberté sans la justice, c'est la loi du plus fort : il voulait la justice et la liberté, ce qui faisait de lui un libertaire...". Un Camus libertaire ? Peut-on être véritablement lucide et libertaire à la fois ? Du reste, réaliste et éthique, il l'était certainement.
Malgré son authenticité rayonnante, Il existe encore des réfractaires snobs pour dénigrer le style camusien, comme un certain Charles Dantzig, qui décrit le succès de Camus comme "le triomphe de la pensée moyenne", "si scolaire qu'on dirait un écrivain pour éduidants de français langue étrangère". Si le talent de savoir exprimer des théories philosophiques avec clarté s'appelle la pensée moyenne, alors la lourdeur de ne savoir rien exprimer doit s'appeler comment ?
Dans tous les cas, Camus avait ostensiblement de l'humour : il refusait les avances de Simone de Beauvoir de peur qu'elle ne soit trop bavarde au lit... Au fond, c'est ce que l'on pourrait retenir de Camus : aucun bavardage inutile, dans son oeuvre qui frappe encore aujourd'hui avec justesse.

Article intéressant de Roger-Pol Droit sur Le point : http://ow.ly/NqYm

Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 6 Décembre 2009 à 12:53 | Commentaires (1)

Tout comme Schopenhauer, Michel Houellebecq n'a pas mérité sa mère. Est-ce par le ricochet de ce point commun que l'auteur des Particules élémentaires est manifestement touché par le philosophe Allemand le plus pessimiste de l'histoire ? Nul ne peut l'affirmer sans risquer de faire de la psychologie de comptoir. Mais, pourquoi préférer Schopenhauer à Nietzsche ? Probablement parce que Houellebecq, bien que romancier, n'aime pas se raconter des histoires. Il est finalement trop "pur" et un inconditionnel de la vérité.


Ennemis publics de M. Houellebecq et B-H Lévy : et si Houellebecq troquait enfin son Schopenhauer pour Spinoza ?!
De Nietzsche, voici ce qu'il en dit : "il a inauguré en philosophie ce qu'on pourrait appeler l'ère de la déloyauté. Car qu'est-ce une philosophie qui laisse glisser au second plan la question de la vérité ? On en revient, il me semble, à peu près aux sophistes". Ce qui n'est pas faux, car à force de jouer avec des aphorismes contradictoires, Nietzsche n'est pour certains philosophes ni plus ni moins qu'un sophiste, certes talentueux, posant les bonnes questions et les bons soupçons, sans toutefois proposer d'issue sérieuse… Schopenhauer, avec ses théories sombres et fatalistes, apparaît alors plus "honnête" selon Houellebecq. Le réalisme défaitiste est-il plus honnête que le réalisme optimiste ? Vaste débat incessant et passionnant duquel la philosophie n'est jamais sortie.

En dehors de ces digressions sur Schopenhauer, j'ai trouvé très intéressant l'échange de Houellebecq et de BHL sur les effets de la célébrité, qui attise la "meute" et sa vengeance terrible. Houellebecq évoque ses ennemis dans la métaphore de la meute. "Dans nos sociétés occidentales, un individu peut parfaitement se mettre à l'écart du groupe. Mais tôt ou tard, la meute se réveille, se met en chasse, et finit par le rattraper." La meute est "composée d'individus médiocres, conscients et honteux de l'être". BHL se montre moins pessimiste, il rappelle que la meute est avant tout peureuse et faible. Pour mieux illustrer ses propos, il utilise Spinoza à bon escient. Pourquoi la meute est-elle faible ? Parce qu'elle se nourrit de passions négatives. "Elle est animée par l'envie, la raillerie, le ressentiment, la haine, la rancune, la méchanceté, la colère, la dérision, le mépris, tout ce que Spinoza appelle les passions tristes et dont il a établi, de manière définitive, qu'elles ne donnent pas de la force mais de la faiblesse". BHL en profite pour faire un clin d'œil à la campagne électorale de Nicolas Sarkozy "il a fait une campagne typiquement "passions tristes" et qu'avec des passions tristes, dit Spinoza, vous réussissez sur le court terme, mais vous échouez forcément sur le long terme". Rappelons au passage que Nietzsche s'est également toujours méfié de la foule, qu'il appelait "canaille", et a constamment mis en garde contre les effets du ressentiment.

Enfin, Michel, il faut que vous vous ressaisissiez ! Même si les passions vraies et tristes sont plus honnêtes que les passions fausses et gaies, il est temps de troquer Schopenhauer pour Spinoza !

Pour terminer plus précisément sur ce livre épistolaire entre BHL et Houellebecq, "Ennemis publics", j'avoue avoir été agréablement surprise par ces échanges plutôt profonds et sincères. Je n'avais pas du tout aimé la promotion et le marketing utilisés pour le lancement de ce livre, principalement fondés sur la "peopolisation". Que les éditeurs jouent le rôle de la meute est certes regrettable, que l'économie de marché leur sert souvent d'excuse pour masquer leur manque de créativité… Tout ceci est vrai, mais ne doit pas faire oublier l'essentiel : le contenu d'un livre. J'ai appris à mieux connaître Houellebecq, et ai fait connaissance avec BHL, car j'avoue n'avoir jamais eu la force de lire un de ces livres, à cause de son style trop alambiqué. D'ailleurs, en matière de style, on peut même être surpris dans ce livre par BHL, lorsqu'il décrit sa rencontre avec Aragon, il oublie ses hésitations philosophiques et décrit avec verve et humour cette rencontre très surréaliste.

Autre et dernier point positif du livre : il ne donne pas envie d'être célèbre ! Finalement, on se sent mieux, loin de la meute de foin…

Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 15 Novembre 2009 à 16:01 | Commentaires (0)

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Marjorie Rafécas
Marjorie Rafécas
Passionnée de philosophie et des sciences humaines, je publie régulièrement des articles sur mon blog Philing Good, l'anti-burnout des idées (http://www.wmaker.net/philobalade), ainsi que sur La Cause Littéraire (https://www.lacauselitteraire.fr). Je suis également l'auteur de La revanche du cerveau droit co-écrit avec Ferial Furon (Editions du Dauphin, 2022), ainsi que d'un ouvrage très décalé Descartes n'était pas Vierge (2011), qui décrit les philosophes par leur signe astrologique.




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